... pas seulement parce qu’on y a passé 24h sans dormir, mais surtout parce qu’on y rencontre du monde à toute heure.
En terme d’alpinisme une "course" est une sortie en montagne, mais quand on y ajoute l’objectif d’un aller-retour Chamonix-Mont-Blanc-Chamonix en moins de 24h, ça devient presque une course au sens triathlétique du terme.
On commence par une vidéo (voir aussi celle de 46°VidéoShoot en fin d'article) :
En terme d’alpinisme une "course" est une sortie en montagne, mais quand on y ajoute l’objectif d’un aller-retour Chamonix-Mont-Blanc-Chamonix en moins de 24h, ça devient presque une course au sens triathlétique du terme.
On commence par une vidéo (voir aussi celle de 46°VidéoShoot en fin d'article) :
Puis le récit croisé de la cordée Thomas/Pierre :
[Pierre] L’histoire de mon ascension du Mont-Blanc commence début septembre 1993 (!), de retour d’Equateur, avec quelques motivés nous voulons profiter des globules rouges acquis en altitude pour enchainer rapidement avec le Mt-Blanc, arrivée dans la vallée de Chamonix, mauvais temps, même pas de montée au refuge, on fera l’Aiguille de l’Index pour se consoler. Après cette date, j’aurais pu me redonner l’occasion de le refaire mais la perspective de vivre la procession dans la foule de juillet-août jusqu’au sommet ne me motive pas (que ce soit par le Goûter ou les 3 Monts), et je n’arrive pas à trouver la bonne occasion, à partir de mi-septembre, qui semble être la bonne période. Jusqu’à la proposition de Patrick : faire l’ascension en mode express sans s’arrêter au refuge, cette formule semble permettre d’éviter les heures de pointe à chacune des étapes de l’ascension, et il y a l’attrait de la formule inhabituelle, motivante. Second rendez-vous en vallée de Chamonix, 21 ans après le premier ! mi-juillet 2014. Bis repetita, mauvais temps, on fait le Buet pour se consoler.
[Thomas] Pour ma part, c’est plutôt l’occasion de la proposition de Pat, la perspective d’être avec un groupe que je connais bien, et aussi pour beaucoup une histoire de calendrier : l’occasion de bénéficier de mon entrainement pour le Swissman réalisé en juin. Sans cette préparation, je ne me serai à priori pas lancé dans l’aventure : très peu expérimenté en montagne à part ski/snowboard, mon seul fait d’arme est un raid à ski de randonnée l’an dernier, avec plusieurs sommets à 3.000m. Un gros challenge donc en perspective, surtout avec la montée-descente enchainées. Le RDV initial en Juillet est annulé pour cause d’orages, ce sera donc remis à septembre, avec du coup, le risque d’être nettement moins entrainé…
[Pierre] Mais là je n’attendrai pas 21 ans de plus. Puisque nous avons encore une option en cours avec James Keller de l’agence Kariboo, nous lui demandons de replanifier pour mi-septembre, et nous voilà donc le vendredi 12, avec Thomas et Patrick, présents à Chamonix, avec les prévisions météo unanimes en poche, il fera beau ce WE ! (oui, parce qu’il faut aussi vaincre la perspective du « jamais 2 sans 3 »). Dimanche 14 septembre, rendez-vous à 18h sous la statue de Paccard et Balmat au centre de Chamonix, avec Tony Sbalbi (un palmarès long comme le bras, vainqueur de la Pierra Menta 2003), James est lui chargé d’amener nos affaires d’alpinisme jusqu’au refuge de Tête Rousse que nous allons donc atteindre habillés en mode trail, donc légers.
[Pierre] Mais là je n’attendrai pas 21 ans de plus. Puisque nous avons encore une option en cours avec James Keller de l’agence Kariboo, nous lui demandons de replanifier pour mi-septembre, et nous voilà donc le vendredi 12, avec Thomas et Patrick, présents à Chamonix, avec les prévisions météo unanimes en poche, il fera beau ce WE ! (oui, parce qu’il faut aussi vaincre la perspective du « jamais 2 sans 3 »). Dimanche 14 septembre, rendez-vous à 18h sous la statue de Paccard et Balmat au centre de Chamonix, avec Tony Sbalbi (un palmarès long comme le bras, vainqueur de la Pierra Menta 2003), James est lui chargé d’amener nos affaires d’alpinisme jusqu’au refuge de Tête Rousse que nous allons donc atteindre habillés en mode trail, donc légers.
[Thomas] Dimanche, journée de calme avant LA rando, si on peut appeler ça comme ça... Sieste le matin, un déjeuner bien fourni en extérieur dans un petit refuge d’Argentière, sieste l’apres midi... Il faut prendre des forces. A peine sorti d’un rhume et encore sous Actifed, je m’interroge vraiment sur un petit bobo au pied, un bleu qui pourrait bien interrompre mon aventure si la douleur devient insupportable. Et pour en rajouter, je fais dans le risqué, avec une paire de chaussures de trail Asics Fujitrabuco achetée la veille en soldes, heureusement de bonne qualité et bien ajustée à ma taille. Je n’oublie pas de prendre mon cardio afin de suivre mon effort et de "gérer" si besoin. Coté équipement, ce sera ma 2e vraie sortie avec des bâtons (après le Buet en Juillet), et je ne suis pas un expert en la matière, loin s’en faut.
[Pierre] Tony nous fait les gros yeux quand on lui dit qu’on ne souhaite pas courir jusqu’aux Houches pour économiser énergie et articulations, sur un parcours aussi « court », la différence en temps sera faible entre marche rapide et course à pied. Il nous en reparlera plus tard.
[Thomas] Lors de la portion vers les Houches, je suis surpris que le cardio grimpe aussi vite... 150 pulses alors que je trottine, mince ! Tony marche vite, mais je ne dois pas être bien acclimaté. Il faut dire qu’on est à 1000m, et qu’on porte environ 10kg chacun sur le dos.
[Pierre] Aux Houches on engage la montée vers le Mont Lachat vers 19h30, l’obscurité arrive vite surtout depuis l’entrée en forêt. Première surprise, nous croisons une équipe de traileurs (ou alpinistes ?) à mi-pente près d’une cabane forestière, étonnant de trouver quelqu’un ici à cette heure. 21h, Mont Lachat, remontée de la voie ferrée. 21h30, arrivée au nid d’aigle, nous avons vraiment l’impression de nous enfoncer dans le noir et d’avoir définitivement quitté les échos de la vallée. Surprise, même ici à 22h, il y a encore du monde à descendre, les uns un peu hagards, puis un solitaire tout à fait lucide mais en manque cruel d’eau, il vient de gravir le Mont-Blanc par l’arête de l’Innominata côté italien, il enchaîne avec la descente, il bosse demain ! il a laissé son compagnon de cordée à Tête Rousse. Tête Rousse nous l’atteignons à 23h. James est là avec le matériel de montagne, nous nous changeons, mangeons dans le silence obscur du refuge, pas si obscur, un gars est en train de lire dans un coin à la lueur de sa frontale, toujours étonnante l’ambiance.
[Thomas] Arrivé à Tête Rousse, je suis surpris par des débuts de crampes aux épaules... L’explication est toute trouvée : j’ai appuyé comme un fou sur les bâtons sur toute la première partie (Les Houches > Tête rousse), finalement je me rends compte que ce n’est pas la bonne méthode, c’est aux jambes de bosser ! Pat me prodiguera un petit massage du cou bienvenu. La pause est bienvenue, et je mange jusqu’à plus faim. Content de mes chaussures de trail, je dois les abandonner pour de la vrai chaussure de montage rigide.
[Pierre] Sortie du refuge un peu après minuit, là on devrait être seuls. Non ! un groupe descend le glacier, des marques de sang sur certains visages, ils se sont pris des chutes de pierres dans la descente du Goûter, si j’ai bien compris. Là je me souviens du qualificatif que l’on donne à New-York : la ville qui ne dort jamais, je la transforme en « Le Mont-Blanc, la montagne qui ne dort jamais ». Surtout ne pas s’endormir, nous entamons l’ascension de l’Aiguille du Goûter, avec son passage délicat du couloir.
[Thomas] La portion d’escalade vers l’aiguille du Gouter est vraiment sympa, même dans le noir, je me débrouille bien mieux qu’avec mes bâtons. Le casque me protège par 2x ou je ne vois pas un rocher à hauteur de tête, et m’a ainsi évité un œuf de pigeon. Je ferme la cordée, dans les pas de Pierre, lui aussi plutôt à l’aise derrière Tony. Pas le temps de regarder ailleurs que là où je marche, et puis il fait noir. Comme le dira Tony, "jamais été avec une cordée aussi rapide et fluide"... on prend le compliment car il n’y en a pas beaucoup ! La cordée Pat-James est un peu en arrière, mais semble suivre. Je regarde régulièrement le cardio, qui tourne entre 140 et 150 pulses par minutes, c’est beaucoup (l’équivalent d’une course moyennement rapide sur du plat) mais assez régulier, pour la suite il va falloir encaisser et bien s’alimenter !
[Pierre] Arrivée au Goûter, nous retrouvons la civilisation et les groupes qui ont passé un petit bout de nuit ici, prêts à partir. Départ 3h.
[Thomas] La fatigue et le manque d’oxygène me gagnent au refuge du Gouter, je me sens las, un début de mal de crâne me gêne, je n’ai pas faim, je suis même un peu écœuré et marche au radar. En espérant que ce mal de crane ne se transforme pas en vrai mal des montagnes, un Doliprane avant de partir, ça c’est une bonne idée. Les premiers gars se lèvent dans le refuge, il est presque 3:00 quand on repart. J’en profite pour prendre le sac à dos de Pat afin de lui faciliter la montée finale, il semble un peu plus dans le dur que moi.
[Pierre] Je pensais avoir un coup de sommeil vers 5h-6h, et non, c’est maintenant, entre 3 et 4h, dans la pente constante qui nous mène au Dôme du Goûter, allez, secoue-toi, on va arriver au refuge Vallot.
[Thomas] Sur la portion enneigée, je continue de surveiller le cardio. Je pousse ma respiration en fréquence et en inspirations, car je sens que ca me fait du bien, je suis un peu mieux oxygen.
[Pierre] 5h, refuge Vallot, je ne l’imaginais pas comme ça, mais Vallot, ça pue et c’est sale. Mes sensations ? ça va plutôt bien, je ressens très peu les effets habituels de l’altitude, il y a 3 semaines j’étais encore en altitude en Bolivie, l’acclimatation a été parfaite, c’est le moins qu’on puisse dire…
[Thomas] Arrivé au refuge Vallot, je suis assez choqué de voir que c’est un vrai dépotoir malodorant. D’ailleurs, je ne me rends compte que 5 min plus tard qu’il y a des gars qui y dorment dans leur sac de couchage, quelque peu cachés au milieu des détritus... Un thé chaud, une barre, Pat arrive 10mn plus tard, ça parait aussi dur pour lui aussi. On repart tranquillement. Une demi-heure plus tard, je sens le froid au niveau des doigts, malgré la double paire de gants. Engourdis, je sais qu’il faut faire gaffe car la sensation de froid peut disparaitre si désensibilisés, et là ca peut virer à l’angelure... Je me force à bouger les doigts pour faire circuler le sang dans les 2 mains, bien que j’ai baton d’un coté, piolet de l’autre. Au bout d’un quart d’heure, une main va mieux, mais l’autre toujours pas : 3 doigts sont presque desensibilisés, sensations de fourmillement, il faut absolument faire qqchose. Je retire donc le gant supérieur et garde ma main gauche devant la bouche pendant 5 min avant que je ne sente les sensations revenir... Le retour de la circulation sanguine fait horriblement mal, mais au moins, je suis soulagé et peut continuer mon ascension sans appréhension. D’ailleur Tony n’a pas ralenti ni fait de pause à mes alertes de froid aux mains... on gère, on gère ! Quelques cordées nous passent, un peu plus reposées par la nuit au refuge du Gouter.
[Pierre] 2h de plus pour atteindre le sommet, par l’arête des Bosses, juste avant le lever du soleil. Et son lever est un spectacle bien sûr. Son lever, et son ombre portée à l’ouest, phénomène toujours étonnant.
[Thomas] On est à environ 50m du sommet quand le jour se lève, et que le soleil brille au-dessus de la montagne. Superbe paysage un peu surréaliste, on est au-dessus des nuages ! Arrivée au sommet sans trop m’en rendre compte, je ne profite pas tout de suite de l’instant : fatigué, toujours ce petit mal de tête et l’effort me "shootent" un peu... Je ne pense même pas à sortir l’appareil photo, il faut dire que tout le monde en a un à la main. 5min plus tard ça va mieux, je peux enfin savourer ce paysage unique. A peine arrêtés, déjà on commence à ressentir le froid, et Tony est prêt à redescendre, on referme les vestes. 140 pulses/min de moyenne sur les 13h de montée, c’est intense ! Environ un quart d’heure plus tard, Pat arrive, heureux et ému par l’instant. On se congratule, on prend le temps de faire une photo avec les tenues club, boisson ravito et on repart pour la descente, avec les mêmes cordées. Cette fois, j’ouvre la cordée de retour vers Vallot, et à l’aise dans la descente, on se permet même de reprendre plusieurs groupes.
[Pierre] Tony nous laisse peu de répit, à la montée déjà il nous « motivait » pour ne pas s’éterniser et optimiser les pauses. . « Non, ne défait pas ton sac pour sortir ta gourde ! demande à ton pote de t’aider ! », « Z’êtes prêt ? On y va ! ». Pour la descente c’est la même chose. Revenus au Goûter, on est vraiment cuit, je crains un peu la descente de l’Aiguille. Finalement, non, le soleil est là, le rocher est sec, ça descend bien. Tony impose le silence au passage du couloir pour entendre d’éventuelles caillasses tomber, ça passe. Arrivé à Tête Rousse, Tony nous regarde tous les deux, Thomas et moi, « les gars, c’est la première fois que je fais le Mont-Blanc d’une manière aussi… fluide, jamais d’à-coup, un bon rythme, Bravo ! », ce sera le seul compliment en 24h…
[Thomas] Descente jusqu’au refuge du Gouter, le temps de retirer les crampons et on repart. Un vrai repas nous attend au refuge de tête Rousse, il reste donc le couloir du Gouter à redescendre, en mode désescalade de face. Pas évident, mais finalement ça passe bien, les triceps prennent leur dose. Notre cordée, guidée cette fois par Pierre, est encore très fluide à la descente. Tony est attentif et nous retient immédiatement avec la corde au moindre début de glissade. On arrive à Tete Rousse pour la pause bien méritée.
[Pierre] Parce qu’à partir de maintenant, l’ambiance se tend un peu, on est plus que cuit et on a bien envie de faire une bonne pause ici, un repas est prévu. Mais Tony est un esthète, déjà nous n’avions pas couru dans la vallée, là on fait une longue pause, et on lui dit qu’on n’est pas super chaud pour courir dans la descente. Il finit par nous dire que pendant qu’on y est, on peut finir par prendre les remontées (ou descentes) mécaniques aux Houches et boucler le parcours en vallée en voiture… Non, non, on y va, il est 13h15, on a encore le temps de boucler en 24h !
[Thomas] A Tête Rousse, on attend la 2e cordée James-Pat. Une fois changé en mode trail et au sec, gros coup de barre, je n’ai qu’une envie : dormir. Je me repose, la tête sur la table de la salle commune en attendant un plat de pâtes salvateur et plus que bienvenu. Ça discute pas mal pour le finish, on se sent tous un peu (beaucoup ?) cramés, et on n’a pas non plus envie de laisser filer notre objectif initial : - de 24h sans remontées mécaniques. La portion de descente vers le Nid D’aigle est bouclée au petit trot, avec une petite pause elasto pour les pieds qui commencent à morfler. Petites douleurs aux genoux par moment. Finalement, je n’aurai pas eu mal au talon, et les chaussures s’avèrent être hyper confortables et pile à ma taille. La portion le long de la voie de chemin de fer dans le ballast, à un rythme marche rapide et avec un sac, me supplie les genoux. Il va falloir que je fasse une pause, mais ce n’est pas au programme si on veut tenir nos 24h…
[Pierre] Nous marchons et trottinons donc en descente jusqu’au Mont Lachat, là Thomas a vraiment mal au genoux, il prend l’option mécanique par les Houches. Tony nous pousse Presque, Patrick et moi, à faire la même chose. Non, non, toujours pas, on finira à notre rythme et en 24h, c’est tout.
[Thomas] Au mont Lachat, comme tout le monde est décidé pour repartir en courant, impossible pour moi sans pause, je décide de laisser filer et prends l’option « retour par le téléphérique des Houches ». Tony me laisse la clé de sa voiture pour ensuite renter à Chamonix motorisé. La plupart des randonneurs qui rentrent du mont blanc se dirigent aussi vers le téléphérique, à 30min de marche du Mont Lachat et de notre point de séparation. Je marche donc tranquillement, sans pression et sur du chemin d’herbe en pente douce, les jambes et les genoux me remercient. Arrivé au téléphérique, y a du monde, et j’entends même un groupe qui parle de l’Eco Mont Blanc, qui se demande comment font ces gars, si ils ont 3 poumons, si ils sont doppés… m’ont-ils reconnu au Gouter ? Ok j’ai un sac avec marqué Eco Mt Blanc… 30min d’attente à prévoir, les remarques ne sont pas forcément bienveillante et ça me gonfle. Les genoux ne me font plus souffrir, ça suffit pour me décider à descendre aux Houches en trottinant à travers les prés et chemins de terre, Arrivé sans encombre aux Houches et satisfait, je peux rentrer à Cham’ en voiture sans regret retrouver mes compagnons de route, qui eux auront bouclé la totalité du parcours dans les temps.
[Pierre] 23h16 après le départ nous retrouvons Paccard et Balmat dans Chamonix.
Une 2ième vidéo, celle de 46°VidéoShoot, partenaire de Kariboo :








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