dimanche 29 novembre 2009

Pérou 2009 (9/11) - Huascaran (6768m)

Vendredi 14 août.
J'ai le sommeil léger, à minuit j'entends le zip de l'ouverture de la tente d'Abel, puis plus rien... soit il a jugé que les conditions n'étaient pas bonnes et il s'est recouché, soit il est descendu prendre la température auprès de ses collègues au camp japonais. Moment d'attente. Finalement je l'entends près de la tente, il nous demande de nous lever, on y va.
Nous prenons le petit déjeuner nocturne et glacial à l'extérieur, à la lueur des frontales. Du pain froid de six jours accompagné de confiture en sachet, au moins nous avons de l'eau chaude pour le café.
A 1h nous partons. Descente vers le camp des japonais, ils ne sont pas encore prêt, et nous remontons vers la Garganta, le col entre sommets nord et sud. Nous prenons à droite vers le sud.
Passages de crevasses, remontées et traversées de pentes de neige, passages sous séracs, en effet il vaut mieux connaître la voie pour se repérer dans ce labyrinthe vertical. La veille, les guides des japonais ont laissé des drapeaux rouges, Abel en a aussi sur son sac et en laisse régulièrement. La neige n'est pas aussi profonde que les chutes des derniers jours auraient pu le faire penser, enfin je dis ça mais c'est Abel qui fait la trace devant, parfois un bon 40cm à brasser.
(2 photos de l'ascension du Huascaran trouvées sur le blog en lien, nous sommes passés de nuit)

Nous abordons un mur un peu plus pentu, c'est l'un des passages attendus de l'ascension, il passe bien avec une neige dure mais pas glacée.
En sortant du mur, Abel prend à gauche et remonte vers des séracs, il hésite... et nous fait faire demi-tour. Nous redescendons vers une crevasse très ouverte. Ils nous avaient parlé de ce passage délicat et a donc essayé de l'éviter. Nous descendons à flanc vers le fond de la crevasse pour y passer un pont de neige, on se méfie, ça passe, et on remonte de l'autre côté.
Le jour arrive et le terrain est maintenant plus régulier. A gauche le sommet nord est encore bien au dessus de nous, signe que nous sommes encore loin de notre objectif.
L'ascension se poursuit, Abel a fait la trace toute la nuit et on sent qu'il commence à fatiguer, il fait souvent des pauses. Ca commence d'ailleurs à devenir inquiétant. On se concerte avec Elsa et elle lui propose de le relayer, il refuse.
En dessous de nous les cordées japonaises ont bénéficié de la trace, Abel fait signe à ses collègues de venir le relayer. Aucune réaction, ils feignent de ne pas comprendre ni même entendre ses appels... c'est pas super sympa.
Nous repartons, mais il s'arrête maintenant tous les trois pas. Nouvelle concertation avec Elsa, et cette fois c'est moi qui lui propose de passer devant, il accepte, déjà on le savait mysogine mais là ça ne va pas améliorer son image auprès d'Elsa...
Il doit rester 200m de dénivellé. Je juge le terrain plutôt favorable, je demande à Abel si je peux troquer mon piolet court contre mes deux bâtons de randonnée, je vais économiser mon énergie, il accepte.
Je comprends ce qu'il a enduré en faisant la trace, ici la neige est croutée et à chaque pas je ne sais pas si je vais tenir au dessus de cette épaisseur de neige dure ou si je vais m'enfoncer de 30cm.
La pente s'adoucit, ça sent le sommet. Derrière les autres ne le voient pas, mais je suis hilare.
A 20m du sommet, j'hurle un énorme "CAO St-Cyr Triathlon !", là je ne me cache plus, je me marre. Elsa, elle aussi, nous lâche un juron que la décence m'interdit de citer ici, mais qui serait tout à fait à propos dans un entrainement club.

Nous sommes au sommet, les conditions sont excellentes, petit en-cas, photos, contemplation du paysage. Ce doit être pour ce moment là que nous sommes venus jusqu'ici.

(4 photos d'Elsa)


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Les cordées japonaises arrivent, ils ont fait monter quatre porteurs, le sommet est large mais cette 'foule' de douze personnes nous effrait un peu, nous décidons de redescendre.
La descente est rapide. Le soleil chauffe la neige et ce n'est pas vraiment rassurant, on peut craindre une coulée dans les pentes. Le soleil ne chauffe pas que la neige, sous mon casque je suis en train de prendre un coup de chaud, je m'en rendrai compte plus tard.

Arrivé au camp des japonais on fait une petite pause, j'aurai un mal fou à remonter la pauvre dizaine de mètres jusqu'à notre camp, je suis complètement exténué.
La soupe d'Oscar est la bienvenue. Nous passons l'après-midi au calme à récupérer, jusqu'à ce que je ressente une douleur à l'estomac, je n'aurai que quelques dizaines de secondes pour m'extraire de la tente et me précipiter vers un coin tranquille, moment de solitude, ça ressemble nettement à la conséquence du coup de chaud de ce matin. Quelques médicaments et je n'aurai pas d'autre alerte.
Troisième nuit à 5900m.

Samedi 15 août.
Petite pensée pour les embrunman.

Démontage du camp et départ tôt pour passer la Canaletta dans de bonnes conditions. Nous descendons le passage en rappel et nous nous dirigeons vers le Camp I.





Pas de nouvelle cordée présente ici.
Nous quittons le glacier et dépassons le camp Moraine.
En face ouest du sommet Nord, nous devinons nettement la partie de la calotte de glace qui s'est effrondée ce sinistre jour du 31 mai 1970.







(photo Elsa)


Mes chaussures datent de 1993 et de l'expédition équatorienne, le plastique a trop vécu et elles sont en lambeaux, je me rend compte que j'ai pris un risque en les utilisant de nouveau cette année. Elles vont finir leur belle carrière à Huaraz, c'est finalement une belle conclusion.
Retour au confort du camp de base, ambiance perturbée par de bruyants italiens, on leur souhaite quand même bonne chance. (photo Elsa)



Dimanche 16 août.

(photo Elsa)
Descente à Musho. Nous nous arrêtons au petit bar des expé.
Au moment de trinquer avec guide, porteurs et chauffeur, je me remémore la façon de trinquer des boliviens en versant la première rasade de bière au sol en l'honneur de la Pachamama, les péruviens me regardent avec étonnement, peut-être un peu gênés que ce soit l'européen qui ait pensé à le faire en premier.
J'ai d'ailleurs parfois eu l'impression que les péruviens se sentent les principaux héritiers de la culture andine, regardant avec un peu de condescendance leurs voisins équatoriens et boliviens, sans parler des chiliens mais pour d'autres raisons, c'est pourtant en Bolivie que j'avais remarqué le plus de signes de ce respect des traditions.

Retour à Huaraz. Nous allons sermoner Marco à l'agence pour avoir passé des consignes floues aux guide et porteurs quant au nombre de jours en altitude et à la gestion de l'alcool pour le réchaud.
Pour se faire pardonner il nous offre une journée de VTT le lendemain.


1 commentaire:

  1. Hola, Hola
    Vous avez eu des conditions supert,Félicitation. Pour nous il aurai fallu connaitre l'itinéraire dans cette neige...une autre fois.
    bonne continuation
    chao
    l'équipe Andes'thologie

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