samedi 28 novembre 2009

Pérou 2009 (8/11) - jusqu'au camp II du Huascaran

Dimanche 9 août.
Ca y est, nous entrons dans le vif du sujet.
Le point de départ est le village de Musho à 3000m. Ici c'est un peu la surprise, il y a la foule à la sortie du village. Au milieu des voitures, bus, mules, muletiers et villageois, un groupe de quatre français est prêt à partir vers le camp de base, mais surtout une armada japonaise avec micros et caméras, finalement en recomptant bien ils ne sont que quatre nippons, mais accompagnés de quatre guides péruviens et sept porteurs d'altitude.
Nous engageons la montée dans une forêt d'eucalyptus. Je suis surpris d'apprendre que l'eucalyptus n'est pas originaire d'Amérique du Sud mais d'Australie et qu'il a été importé depuis la Conquista.
Nous arrivons au camp de base à 4300m, les mules se font attendre et nous n'avons plus d'eau potable.

J'en profite donc pour faire connaissance avec nos quatre compatriotes et leur demander un peu d'eau. Ils sont originaires de Bozel en Savoie et traversent l'Amérique du Sud du nord au sud, de Bogota à Ushuaïa. (voir leur blog andes'thologie en lien sur cette page.)



Nous faisons aussi plus ample connaissance avec notre guide Abel, et nos deux porteurs et cuisiniers d'altitude, Oscar et Rusbelt.

Lundi 10 août.

Nous prenons notre dernier petit déjeuner royal, avec pan cakes façon Oscar.
Le paysage au dessus du camp de base est un dédale de roches érodées par le passage du glacier, et des torrents qui se précipitent dans les failles.
Nous arrivons au camp Moraine à 4900m.

Mardi 11 août.
Derniers pas sur les rochers et nous prenons rapidement pied sur le glacier.






(3 photos d'Elsa)

Nous installons le camp I à 5300m.





Nous cohabitons avec des autrichiens peu avenants.
Le ciel est resté chargé toute la journée, laissant s'échapper quelques flocons dans l'après-midi.

Mercredi 12 août.
Ambiance un peu plus tendue ce matin, nous allons passer du Camp I au Camp II en franchissant l'un des passages délicats de l'ascension, la Canaletta est un couloir de neige, plutôt court, pas trop pentu, mais qui débouche sur un système de crevasses, tout ça avec des séracs au dessus de la tête.






Les conditions de neige sont bonnes, elle recouvre la glace du couloir sans être trop abondante.

Nous traversons ensuite sous les pentes de neige et les séracs de la face sud. Ne nous attardons pas ici.
Une cordée redescend du Camp II, ce sont les quatre français, ils avaient un jour d'avance sur nous en étant allé directement du camp de base au camp I sans étape au camp Moraine. Cette nuit la tempête de neige les a contraint à redescendre sans pouvoir tenter le sommet. Deux d'entre eux descendent à ski, les deux autres sont parapentistes, ils n'ont évidemment pas pu décoller ce matin, mais décolleront du Camp I pour descendre directement à Musho.
Nous arrivons au Camp II à 5900m. Nous partagerons le camp avec les autrichiens.
Vers 11h je commence à avoir mal au crâne, je prends du paracétamol, j'éspère que ça va passer.

(photo Elsa)



Comme d'habitude le ciel se charge dans l'après-midi amenant son habituelle chute de neige.
Le mal de tête ne passe pas, mais je n'ai pas d'autres symptômes. Elsa a du Diamox, étudiante en médecine, elle me dit que ça calmerait la douleur mais que si je commence à en prendre, je devrai en rester là pour l'ascension, montée interdite, descente obligatoire. Donc pour l'instant, c'est non.
Dans la soirée ça ne passe toujours pas, il est clair que je ne pourrai pas tenter le sommet demain, que fait-on ? Elsa peut partir demain matin pour le sommet avec Abel, ou alors nous attendons une journée au camp et nous tentons le sommet après-demain... Moment de réflexion, légère tension... La décision est prise, je remercie Elsa d'accepter d'attendre une journée de plus au camp alors qu'elle pourrait tenter le sommet dès demain.

Je passe la nuit avec le cerveau dans un étau, ça ne passe pas, ça ne passe toujours pas... mais je résiste à l'envie de prendre du Diamox, tout est encore possible.

Jeudi 13 août.
La douleur est toujours là, à peine moins intense.
Dans la nuit, les autrichiens ont tenté le sommet, ils sont rapidement redescendus. Sans guide ils n'ont pas réussi à trouver un passage assuré entre les crevasses et les pentes de neige, en plus ils ont galéré dans la neige profonde. Ca ne nous rassure pas complètement pour demain... C'est là que nous allons échanger le plus de paroles avec eux, malgré les connaissances germanophones d'Elsa, elle ne comprend absolument rien à leur dialecte et c'est en anglais que nous nous comprenons le mieux. Ils ne retenterons pas le sommet demain, ils redescendent.



Les japonais qui avaient passé un jour de plus au camp Moraine arrivent maintenant au camp II et s'installent en contrebas.



Episode inattendu, Oscar se rend compte qu'il n'y aura pas assez d'alcool pour le réchaud, nous tomberons en panne demain ! A cette altitude, avoir un réchaud est une condition obligatoire de survie pour au moins être capable de faire fondre de la neige pour boire.
Moment de gros doute et de tension, si les porteurs des japonais ont uniquement prévu le juste nécessaire pour leur expédition, ils ne pourront pas nous en donner et la conclusion sera très claire pour nous, descendre.
En attendant qu'Oscar ne descende au camp nippon pour négocier les deux litres qui nous manquent, nous démontons notre camp, il est 9h et si nous devons partir, ce devra être très rapidement pour ne pas passer la Canaletta dans des conditions risquées.
Oscar remonte, il n'a réussi à obtenir qu'un litre. Bon sang, on va être obligé de redescendre pour un seul litre !
Nous sommes à deux doigts de nous encorder et de mettre nos sacs à dos, Oscar se ravise, il redescend voir ses collègues. Il remonte. Victoire ! il a le deuxième litre. Merci Oscar.

Autre bonne nouvelle, le mal de tête se dissipe 24 heures après son apparition. C'est donc une journée finalement agréable qui nous attend, agréable jusqu'à ce que la chute de neige quotidienne ne vienne nous glacer en fin d'après-midi.


Abel n'est pas totalement serein pour demain, les autrichiens ne nous ont rien dit de bon sur les conditions de neige au dessus du camp.
Les guides des japonais tentent d'aller reconnaître la voie et poser des drapeaux rouges pour se repérer demain, Abel est inquiet, il fait presque nuit et ils ne sont pas encore revenus. Finalement ils sont de retour mais ils ne relatent rien de positif pour demain. Notre guide nous donne donc le programme pour la nuit, il se lèvera à minuit et nous réveillera s'il juge les conditions acceptables.
Ca ne nous empêche pas de manger, comme d'habitude dans ces conditions météo compliquées, Oscar et Rusbelt viennent nous servir le thé, la soupe, les nouilles dans la tente, on en a preque honte.

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